DITES-LE AVEC LES MAINS

La Langue des Signes, un outil facile à notre portée.

Peut-être avez-vous déjà rencontré des sourds pratiquant la Langue des Signes ? Peut-être même à l’hôpital ? Dans ce dernier cas, peut-être avez-vous ressenti une certaine solitude face aux limites de communication , un peu comme face à un patient allemand quand vous avez fait anglais LV1/espagnol LV2 ? Et c’est normal : pour les sourds communiquant en LSF, Langue des Signes Française (oui c’est une VRAIE langue selon les définitions linguistiques et non pas un langage !), vivre dans un monde d’entendants qui ne font que parler à haute voix ressemble à un séjour dans un pays étranger. Il en va de même pour un entendant qui entrerait dans un café signes. Sauf qu’à l’hôpital, si ça vous arrive, il y a peut-être une unité d’accueil des patients sourds à contacter !

 

Pourquoi je vous en parle ? Simplement parce que je suis actuellement interne au réseau sourds et santé du GHICL (Groupement des Hôpitaux de l’Institut Catholique de Lille). Je n’avais jamais été confrontée au monde sourd auparavant. C’est en regardant une émission sur la LSF il y a quelques années, que l’idée de m’y mettre m’est venue. Puis, j’ai découvert que non seulement ça pouvait me permettre de m’en sortir face à un patient sourd signeur au cabinet, mais qu’en plus cela ouvrait la possibilité d’une autre forme d’exercice au sein d’un pôle d’accueil en LSF ! Parfait pour une phobique de la routine comme moi. Un dossier de stage hors subdivision plus tard, j’y suis enfin.

 

A l’unité de Lille, il n’est pas exigé de maitriser la LSF à l’arrivée en stage. J’avais tout de même suivi des formations avant pour me sentir plus à l’aise. A mon arrivée, j’ai reçu 45 heures de formation à la LSF par le formateur du réseau. L’unité est organisée en réseau avec l’association Sourdmédia (un SAVS), ce qui permet de répondre aux problématiques sanitaires mais aussi sociales transversales de cette population. L’équipe du pôle est pluridisciplinaire et tout le monde connaît au moins un peu la LSF.

Les 2 interprètes traduisent du français à la LSF et inversement. Elles accompagnent nos patients aux rendez-vous chez des professionnels de santé ne maitrisant pas la LSF. Leur aide est précieuse pour communiquer avec le patient. Elles sont soumises à un code de déontologie et donc au secret professionnel. Si vous avez la chance d’en avoir lors d’une consultation avec un sourd : pro-fi-tez en !

Photo Mystère … où se trouve ce bâtiment ?

 

Les 3 médiateurs (dont un est formateur LSF) sont des professionnels sourds dont le rôle est de reformuler. En effet, la pratique de la langue des signes a longtemps été interdite en France, jusqu’en 1977, et son utilisation pour l’éducation des enfants sourds n’a été autorisée qu’à partir de 1991 ! Les patients âgés se souviennent encore des châtiments corporels subis lorsqu’ils étaient surpris à signer. Le corollaire : la maitrise de la LSF n’est pas uniforme ; les médiateurs sourds aident à la compréhension pour les patients dont le niveau de LSF est faible.

Les 2 secrétaires, outre l’organisation de nos consultations, coordonnent la présence des interprètes et/ou médiateurs lors des rendez-vous, la gestion des plannings est vite un casse-tête !

L’équipe compte aussi une neuropsychologue, une art-thérapeute et une coordinatrice des programmes d’éducation à la santé.

Avec mon chef, nous assurons les consultations directement en LSF.  J’y suis un peu comme dans un SASPAS (Stage Ambulatoire en Soins Primaires en Autonomie Supervisée) : je consulte seule et débriefe ensuite, tout en ayant la possibilité permanente du coup de fil à un ami. J’y aborde toute l’activité de Médecine Générale, y compris en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), puisque nous sommes médecins traitants des résidents sourds à Saint François de Sales, seul établissement en France à l’heure actuelle, conçu pour l’accueil de personnes sourdes et sourdes-aveugles communiquant en LSF. Une partie du personnels est d’ailleurs sourde (Infirmier(e), aide soignant(e) et auxiliaire de vie sociale).

En quoi est-ce un stage si spécial si c’est comme un SASPAS ? Tout simplement parce qu’en plus de l’activité de Médecine Générale, il s’agit d’une rencontre avec une nouvelle culture (passionnante) et d’un apprentissage aux problématiques d’une population aux spécificités propres… que j’aurai plaisir à vous faire découvrir dans un prochain article !

Racha ONAISI

Interne de Médecine Générale Bordelaise égarée (volontairement) dans le Ch’Nord