D’une médecine à l’autre, au cœur de l’empire du milieu.

Un semestre en Chine, interview de Kathy Schuler.

Pourrais-tu te présenter premièrement ?

Je m’appelle Kathy SCHULER, j’ai 27 ans et je suis interne de spécialité en Médecine Générale. Je fais actuellement mon internat en Lorraine à la faculté de médecine de Nancy, région dont je suis originaire. J’effectue en ce moment mon stage « prat » premier niveau pour valider mon quatrième semestre.

Peux-tu nous expliquer ton futur semestre d’hiver 2017/2018 ?

Je pars à WUHAN en Chine dans le service de médecine traditionnelle chinoise.

Quelles ont été tes motivations pour partir là-bas ?

Nancy a un partenariat avec l’université de médecine de Wuhan.  Nous accueillons des externes et internes chinois, et nous envoyons surtout des externes en stage d’été.

C’est lors de mon externat, été  2013, que j’ai eu la chance de pouvoir effectuer un stage  à Wuhan dans le cadre de l’échange franco-chinois de l’université de Nancy. J’ai choisi la Chine car je souhaitais voir une autre culture médicale où l’approche de la santé et de la médecine est très différente de la vision occidentale.

J’ai eu l’occasion lors de ce stage d’effectuer une visite du service de médecine chinoise, j’ai même eu la possibilité d’en bénéficier. J’avais une douleur au genou que je n’arrivais pas à soigner depuis quelques jours. J’ai fait du coup une séance d’acupuncture par rapport à ce souci et une heure après la séance, je n’avais plus mal.  Cela m’a motivé à apprendre une médecine différente afin de pouvoir l’utiliser dans ma pratique future de médecin généraliste, dans le but de proposer une alternative thérapeutique à des patients lorsque les solutions médicales « occidentales » ne marchent plus.

Il était donc évident pour moi de partir  étudier directement à la source, en Chine.

 

T’es-tu renseignée sur l’aspect légal de la pratique de la médecine chinoise en France ?

Actuellement, la médecine chinoise n’est pas reconnue en France. Elle est cependant tolérée par le conseil de l’ordre des médecins. Un processus de reconnaissance de la médecine traditionnelle chinois est en cours de rédaction par le gouvernement. Un texte de loi doit normalement être voté en janvier 2018 qui encadrerait les études et la pratique de la médecine chinoise.

En parallèle de mon cursus français, je suis depuis deux ans des cours de médecine traditionnelle chinoise, afin d’avoir déjà des bases et pouvoir mieux comprendre en Chine.

Quelles ont été tes démarches pour ton projet professionnel, et tes difficultés ? 

 

J’ai tout d’abord demandé les démarches administratives auprès de mon syndicat local, le RAOUL-IMG[1], qui m’a fourni tous les documents à faire remplir.  J’ai ensuite trouvé un sujet de thèse en rapport avec mon projet professionnel, afin d’appuyer encore plus mon semestre en Chine. J’ai demandé à un PU-PH[2] (dont je savais qu’il avait un intérêt pour la Chine) d’être mon directeur de thèse, et d’appuyer mon projet.

J’ai aussi fait valider le projet par le PU-PH responsable des échanges internationaux avec Wuhan.

J’ai contacté l’Université de Wuhan afin de savoir leurs démarches d’admissions et leur autorisation bien sûr.

J’ai réuni toutes les autorisations en environ 3-4 mois, et j’ai au l’autorisation final de la faculté de Nancy courant juillet.

Mes difficultés, les temps de réponses parfois longs et les différentes autorités. Mes différents interlocuteurs étaient tous surpris et parfois ne comprenaient pas mon envie de « voir ailleurs ». Mais en leur expliquant qu’il n’y pas qu’une médecine dans le monde, et qu’une médecine aussi ancienne est toujours d’actualité. Il y a forcément des choses à en apprendre, et que je souhaite offrir d’autres solutions pour mes patients.

 

On connaît assez bien l’expression des patients : « Vous me parlez chinois docteur. » Est-ce vraiment ton cas ? Parles-tu le mandarin ?

Ah ! Je m’y suis mise depuis un an déjà, et ce n’est vraiment pas facile. Lorsque j’y suis allée en temps qu’externe, nous étions toujours assistés d’un étudiant en médecine bilingue qui nous servait de traducteur. J’espère que ça sera encore le cas pour le prochain semestre. De plus en plus de médecins parlent anglais, au pire je me débrouillerai en anglais.

 

Léonard BOUCHY – Interne de Médecine Générale à Nancy

Chargé de Publication à l’ISNAR IMG

 

 

[1]               Rassemblement Autonome Unifié Lorrain des Internes en Médecine Générale

[2]               Praticien Hospitalier, Praticien Universitaire