Interne, le sport … on en est où ?

Entre les consultations, le service, les gardes, la thèse, les publications, les amis, la famille, le rythme de vie des internes peut parfois sembler difficilement compatible avec la pratique d’une activité physique et sportive. Dans un monde où il faut souvent vivre à la vitesse d’Usain Bolt, il semble important de mettre en lumière tous les bienfaits de la pratique sportive.

Le sport est ton ami

Si la notion de plaisir est variable selon les individus, les bénéfices de l’activité physique sur la santé et la qualité de vie ont été démontrés de manière universelle au cours des quarante dernières années.

Lutte contre la sédentarité, diminution du risque cardiovasculaire, frein au tabagisme, réduction des troubles anxio-dépressifs, renforcement de l’estime de soi pour l’essentiel. A l’heure où la santé des internes préoccupe, le sport s’impose comme une réponse évidente.

Par ailleurs, dans un milieu où la qualité et la quantité de sommeil sont souvent malmenées, l’activité physique s’affirme une nouvelle fois comme un allié intéressant. On retrouve diverses études mettant en avant l’impact du sport sur la prévention et le traitement des troubles du sommeil, mais également sur sa capacité à augmenter la quantité de sommeil lent profond (Trinder et al., 1985). A contrario, l’inactivité favoriserait une fragmentation des périodes de sommeil, entraînant une diminution de la qualité de celui-ci.

Enfin, alors que les internes sont souvent confrontés à la notion de rendement et de productivité au travail, notons que plusieurs études ont rapporté une augmentation de la productivité d’un employé pratiquant une activité sportive. A défaut de pouvoir s’émanciper de la pression imposée par le système de santé, on pourrait donc être plus à même d’y faire face en faisant du sport.

 

Sport et Internat : que sait-on ?

Intuitivement, on peut imaginer qu’après de longues années d’études ponctuées par les ECNi* en 6ème année, l’activité physique est progressivement mise au second plan chez les étudiants en médecine. Qu’en est-il alors, quand vient le temps de l’internat et des responsabilités professionnelles ?

A l’étranger, diverses études américaines ont montré le bénéfice, notamment cardiovasculaire, d’une activité physique régulière chez les « residents ». Une étude Saoudienne rapporte également un faible niveau d’activité physique chez 68% des Internes étudiés.

Très peu de travaux concernant l’activité physique des internes ont été réalisés en France (futurs thésards, à bon entendeur…). Manquant de données sur notre territoire, j’ai donc tenté une petite approche de terrain, en questionnant quelques internes directement. Pour Arthur, Interne en 5ème Semestre, spécialisé en médecine générale, c’est très simple : « Moi perso, je n’en fais pas ! ». Baptiste, interne spécialisé en hématologie, est « limité par les horaires », et court une fois le week-end alors qu’il souhaiterait se dépenser au moins quatre fois par semaine. Et Raph, interne de spécialité psychiatrique, passionnée de tennis, ne fait plus de sport depuis que son travail est devenu sa première priorité.

Il serait donc intéressant de se pencher sur la question. L’étude de la prévalence de l’activité physique pendant l’internat permettrait de faire un état des lieux, et d’amener une réflexion sur la promotion de la pratique sportive sur le lieu de travail, à l’image de ce qui se fait dans de nombreuses entreprises.

 

Faites ce que je dis… et ce que je fais !

Alors que le sport santé et l’activité physique adaptée (APA) sont en plein essor, tout bon médecin devrait être en mesure d’inciter ses patients à pratiquer une activité physique régulière. Et le vieil adage « La patientèle est à l’image de son médecin » se vérifie avec la pratique sportive !

Un praticien sera plus à même d’éduquer ses patients vis-à-vis d’une attitude à adopter s’il l’applique à sa propre personne. S’il semble difficile d’expérimenter un petit infarctus du myocarde afin de mieux conseiller ses patients coronariens, pratiquer une activité physique régulière afin de mieux sensibiliser à celle-ci est réalisable pour tout médecin.

 

Du sport oui, mais comment ?

Pour l’OMS, chez l’adulte de 18 à 64 ans, « 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente des deux » est souhaitable. Comprenez au moins 3 séances de 50 minutes de footing par semaine.

Pour terminer cet article, il me tenait à cœur d’apporter quelques pistes pour les internes en manque de temps.

Pour ceux qui souhaiteraient avant tout une activité physique « rentable », le type d’exercice à privilégier est l’entraînement de type fractionné. En pratique, il consiste à réaliser un exercice physique (course à pied, vélo, natation…) en alternant des périodes de 15 à 30 secondes à intensité très forte (95% de VO2max, proche de la Vitesse Maximale Aérobie ou VMA), avec des périodes de récupération, à hauteur d’au moins deux séances de 30 minutes par semaine.

Concernant le renforcement musculaire, le format le plus intéressant pourrait s’apparenter à 8-10 répétitions à 70% de la charge maximale, à raison de 3-4 séries par groupe musculaire concerné.

Enfin, la notion de plaisir étant primordiale dans le sport, n’oubliez pas avant tout de pratiquer une activité physique qui vous procure une dose d’endorphines maximale !

*Epreuves Classantes Nationales informatisées.

Iliès AJARRAI,
Interne de Médecine du Sport IRMS au CHU de Caen.