Labos : quand la publicité se cache dans votre assiette

 

Durant le mois de juillet 2018 s’est déroulée la campagne #Nofreelunch[1] de l’ISNAR-IMG. Nous revenons ici sur la notion d’indépendance et sur les buts de cette première campagne d’information.

 

Vous avez dit gratuits ?

« There is no such a thing as a free lunch » [2]

 

Les laboratoires vous proposent régulièrement des repas gratuits au sein des services hospitaliers, ou même en ville lors d’évènements divers. Ces repas sont l’un des outils promotionnels utilisés par les firmes pharmaceutiques. Personne n’est immunisé face à ces méthodes promotionnelles, il s’agit en réalité d’un biais cognitif qui nous incite à croire que nous le sommes quand nous comprenons que nos collègues ne le sont pas.

 

Steinman MA, Shlipak MG, McPhee SJ. Of principles and pens: attitudes and practices of medicine housestaff toward pharmaceutical industry promotions. Am J Med. 2001;110:551–7
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11347622

 

Certaines expériences de psychologie sociale ont effectivement montrées qu’offrir un repas provoque une meilleure réception et mémorisation du message commerciale associé. C’est le mécanisme de « réciprocité indirecte » qui incite le médecin, par une forme de politesse, à prêter plus d’attention à la personne qui lui offre un cadeau. Et pour ceci, pas besoin d’un repas somptueux !

 

Plus le cadeau est petit, qu’il soit ou non sous forme d’un repas, et moins le praticien sera vigilant sur les mécanismes d’influence. Un professionnel de santé éclairé sait que le fait d’accepter un « gros » cadeau peut potentiellement constituer un acte de corruption passive, et tendra alors à ne pas l’accepter. A l’inverse, une petite attention n’entraînera pas nécessairement de vigilance de sa part, mais l’influencera par ailleurs tout autant, voire plus, car ses mécanismes de défense ne seront pas forcément sollicités. « Un croissant, ça n’a jamais influencé personne » !

 

Ce repas, ce cadeau, n’a donc rien de gratuit. Les firmes pharmaceutiques investissent dans ce but des sommes importantes pour ces outils marketings.

 

« Si c’est gratuit, c’est vous le produit. »

Cet adage essentiellement utilisé lorsque l’on parle des GAFAM[3], pour mettre en avant leurs pratiques commerciales, s’applique également aux repas « gratuits » offerts par les laboratoires pharmaceutiques.

 

Par exemple, Google est un service « gratuit » qui base son modèle économique sur la monétisation des données de ses utilisateurs. Ce sont donc les personnes qui font leurs recherches « gratuitement » sur Google qui rémunèrent Google en lui offrant leurs données personnelles.

 

Et bien là aussi, en acceptant ce repas « gratuit », vous acceptez d’une certaine manière d’être plus réceptif aux messages marketings formulés. Et ces cadeaux ont une influence directe sur vos prescriptions, que ce soit au moment de trancher entre un princeps ou un générique, ou au moment de médicaliser une situation qui ne devrait pas forcément l’être, par une prescription médicamenteuse inutile.

 

Pourquoi le mois #nofreelunch ?

 

L’ISNAR-IMG s’engage depuis plusieurs années pour une formation indépendante des internes en médecine générale. Nous avons donc lancé cette campagne de sensibilisation à ces pratiques marketings, à l’image du mois sans tabac.

 

Nous avons choisi de cibler les repas « gratuits » car ce sont des pratiques courantes au sein des hôpitaux, qui touche particulièrement les internes. C’est donc un prétexte récurrent pour se questionner et se positionner en tant que professionnel de santé par rapport à sa notion d’indépendance.

 

Loin de nous l’idée de lancer une guérilla contre « Big Pharma », nous souhaitons simplement provoquer la discussion autour des pratiques d’influences exercées par les industriels de la santé. Nous pensons que ces pratiques doivent être plus encadrées, au mieux doivent cesser, et qu’un nouveau modèle de coopération entre industriels et professionnels de santé doit émerger.

 

Pour comprendre, il peut aider de se placer dans la même réflexion que les industriels, et pour cela nous vous proposons de découvrir un jeu de rôle, en anglais : vous y incarnez un chef d’entreprise pharmaceutique, et pour le reste… A vous de jouer ! 😉

 

Cette première campagne s’avère être un succès sur les réseaux sociaux, et d’autres évènements en lien avec l’indépendance continueront de se dérouler dans l’année, notamment dans vos subdivisions, en lien avec vos structures représentatives locales.

 

Nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle campagne #nofreelunch sur les réseaux sociaux et dans vos hôpitaux !

 

Retrouvez ici  la vidéo de la marraine de la campagne, Irène FRACHON   https://www.facebook.com/isnarimg/videos/1105817266234179/

 

Gabriel PERRAUD,

Chargé de Mission de Lutte contre les conflits d’intérêts,

Interne en Médecine Générale à Brest.

 

[1] No Free Lunch signifie : pas de repas gratuit.

[2] « Un repas gratuit, ça n’existe pas »

[3] GAFAM est l’acronyme de Grosses entreprises du web : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.

 

Pour aller plus loin :