Les internats ruraux … ou comment rompre l’isolement de l’ambulatoire ?

Effective depuis novembre 2017, la Réforme du troisième cycle des études de médecine, et notamment la Médecine Générale, a bouleversé un dogme jusqu’alors bien ancré dans nos universités, selon lequel l’interne se forme essentiellement à l’hôpital et a exceptionnellement accès à des stages en ambulatoire, donc en libéral. Si l’orientation des internes tendait déjà progressivement vers les terrains de stages extrahospitaliers, la réforme adoptée l’an passé a concrétisé la mise en place d’une maquette uniformisée, mieux cadrée et résolument tournée vers l’ambulatoire.

 

Dorénavant, les internes de Médecine Générale devront obligatoirement valider lors de leur première année, dite « phase socle », un semestre au sein d’un service d’accueil d’urgences et un semestre en ambulatoire auprès d’un médecin généraliste, plus communément appelé « stage praticien niveau 1 », qui sera par la suite complété par un « stage de niveau 2 », mieux connu sous l’acronyme « SASPAS » (Stage Ambulatoire en Soins Primaires en Autonomie Supervisée), lors de la phase d’approfondissement.

Beaulieu en Argonne (55 – Meuse)

Ces terrains de stage sont souvent éloignés du lieu de vie principal de l’étudiant, qui doit donc trouver un « logement de fonction » pour six mois. Diverses solutions existent, allant de la location d’un appartement à proximité du lieu de stage, au studio aménagé au sein même du cabinet et mis à disposition de l’interne par ses Maîtres de Stage. Ces possibilités mettent cependant en lumière des problématiques à la fois logistiques et financières, ainsi que l’isolement auquel l’interne peut alors se retrouver confronter. L’internat à l’hôpital, malgré certaines contraintes, offre aux étudiants un cadre social parallèle à notre pratique : contacts directs avec le personnel lors de temps off, temps d’échanges au self lors de la pause-déjeuner, soirées, jeux et débats entre jeunes consœurs et confrères… autant d’éléments parfois absents lors d’un stage en cabinet de ville ou de campagne.

 

Certaines initiatives émergent cependant, permettant à la fois de palier à ces problématiques, tout en sensibilisant un certain nombre de jeunes médecins à l’attractivité des territoires de nos régions : les internats ruraux ou « maisons des internes » voient le jour. Constatant qu’un certain nombre de terrains de stage étaient géographiquement proches, une mutualisation des moyens a pu être mise en place, afin d’offrir à plusieurs internes un appartement partagé ou une maison commune, à l’image des internats bien connus des centres hospitaliers.

 

Beaulieu en Argonne (55 – Meuse)

Prenons l’exemple de la Villa des internes du Pays Roannais. Afin d’accueillir au mieux les étudiants en médecine, ce bassin de vie du département de la Loire a créé en 2011 la « Villa des internes », fruit d’une coopération entre l’Association de la Médecine Générale du Pays Roannais, les élus territoriaux (l’association Roannais Pays Rhône-Alpes) et le Centre Hospitalier de Roanne. Cette structure permet l’accueil de deux internes de la subdivision de Lyon, et de deux internes de la subdivision de Saint-Etienne. En créant du lien avec les Maitres de Stage Universitaire et les professionnels de santé déjà installés, mais aussi avec les habitants des environs (qui ont participé à l’aménagement de cette villa), cette initiative a permis de modifier le regard des internes sur ce territoire, et d’ancrer les futurs généralistes dans la vie locale de leur lieu de stage, favorisant à terme les installations des jeunes médecins généralistes dans les structures d’exercice ambulatoire locales.

Partant de ce même objectif de dynamiser son attractivité auprès des professionnels de santé, la Région Grand-Est est porteuse d’un projet similaire, avec la création d’une maison des internes qui pourra réunir une dizaine à une vingtaine d’étudiants.

 

Ces projets ne concernent pas exclusivement les internes de Médecine Générale, mais peuvent également s’étendre à l’ensemble des futurs professionnels du corpus médical et paramédical : étudiants en soins infirmiers, pharmaciens, kinés, ergothérapeutes… Dans l’idéal, une mixité des étudiants hospitaliers et ambulatoires est également recherchée. Le but étant à la fois de développer les échanges entre les différents corps de métiers de la santé mais aussi de dynamiser les échanges ville-hôpital, et ce, dès notre formation.

 

Pour le Bureau de l’ISNAR-IMG,

Léonard BOUCHY,

Chargé de Mission Publications,

Interne à Nancy.