Logiciel libre en santé : les fondamentaux [1/2]

Contrairement à ce que l’on pourrait penser à première vue, cette série de 2 articles n’est pas réservée aux « geeks » et autres « hackers ». Elle concerne au contraire tous ceux d’entre nous qui seront amenés un jour à choisir un logiciel médical pour leur cabinet !

Ce manchot appelé Tux est la mascotte officielle du « noyau » Linux, célèbre logiciel libre, notamment utilisé par les téléphones employant Android.

Je m’apprête à aborder quelques notions d’informatique, mais n’ayez crainte, ces explications de base sur le logiciel médical en général et le logiciel libre seront vulgarisées. Mon objectif ici est de vous éclairer sur cet outil qui sait se rendre indispensable, et autour duquel une réflexion éthique est menée depuis plusieurs années dans le monde de la santé.

 

Qu’est-ce qu’un logiciel dit « libre » ?

Un logiciel est un ensemble de lignes de code qui permettent à vos ordinateurs (PC, tablettes, smartphones, smartwatchs, etc.) de réaliser des actions pour lesquelles ils ont été programmés.

Par exemple, un logiciel de gestion de dossiers de patient est développé pour gérer les dossiers de patients avec plus ou moins d’options (antécédents, prescription sécurisée, etc.).

 

A ce stade, qu’est-ce qui différencie un logiciel dit « libre », d’un logiciel « non libre » (aussi appelé logiciel privateur) ?

Pour être qualifié de « libre », un logiciel doit répondre à certains critères :

– la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages ;

– la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à ses besoins ;

– la liberté de redistribuer des copies du programme (ce qui implique la possibilité aussi bien de donner que de vendre ces copies) ;

– la liberté d’améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté.

Ce sont là les 4 libertés fondamentales du logiciel libre. Ainsi, à l’inverse, un logiciel privateur ne vous permet pas, par exemple, de connaître les détails du code qui lui permet de fonctionner.

La métaphore qui est souvent faite pour les distinguer est celle des recettes de cuisine : un logiciel libre vous permet d’accéder, d’étudier et de modifier la « recette » de votre logiciel, là où un logiciel privateur ne vous le permettra pas.

Ok, c’est bien beau tout ça, mais passons à des exemples pratiques !

 

L’intérêt du logiciel libre en pratique

Lorsque vous décidez d’investir dans un logiciel médical, il est nécessaire de passer par une étape de recherche, pour cibler au mieux vos attentes et choisir un logiciel qui sera facile, ergonomique et sûr d’utilisation.

Les logiciels libres peuvent représenter un atout par rapport aux autres logiciels, notamment lorsque l’on est attentif à certains critères : la pérennité de l’entreprise, la protection des données issues de l’utilisation du logiciel, et l’influence potentielle de l’entreprise sur votre pratique.

 

La pérennité de l’entreprise

Quand vous achetez un logiciel, rien ne vous garantit que l’entreprise qui l’a créé, perdurera tout le long de votre carrière. Si l’entreprise ferme, vous n’aurez plus de mise à jour de votre logiciel : il pourra présenter des bugs qui ne seront donc pas corrigés, et il n’y aura plus de mise à jour de sécurité, ni de mise à jour des logiciels d’aide à la prescription.

Lorsque le logiciel est « fermé », vous êtes coincés, car le code n’est pas accessible librement. Il y a peu de chance qu’un autre logiciel utilise les mêmes formats pour vos données-patients. Ça veut dire que pour changer de logiciel en conservant les données recueillies sur le premier logiciel, c’est mission impossible !

A l’inverse, un logiciel libre utilisera des outils accessibles à tous les développeurs, et sera donc « réutilisable », et les chances qu’un transfert d’un logiciel à l’autre soit possible augmenteront. De même, si le prestataire qui vous aura installé un logiciel libre ferme boutique, vous pourrez en solliciter un autre : le code étant accessible, n’importe qui peut vous aider dans vos démarches. Vous pouvez aussi tout réaliser vous-même si vous en avez les compétences, voire solliciter l’aide d’autres utilisateurs via des forums ou des mailing-lists dédiées (pratique d’entraide extrêmement courante avec les logiciels libres).

 

Pour en savoir plus sur les logiciels libres, la protection des données, et les autres clefs pour choisir son logiciel-métier, rendez-vous sur cet article !

 

Gabriel PERRAUD,

Chargé de Mission de Lutte contre les conflits d’intérêts,

Interne en médecine générale à Brest.

L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts pour cet article.