Santé mentale : comment vont les jeunes et futurs médecins ?

Retour sur l’enquête concernant la santé mentale de vos consœurs et confrères.

Tu es interne, tu te sens mal parce que tu es fatigué, ton stage est mal séniorisé, tu as l’impression que lorsque tes chefs te parlent, c’est uniquement pour te faire des reproches ? Et bien sache que tu n’es malheureusement pas seul dans ce cas…

Ces quelques critères font d’ailleurs partie des facteurs de risque d’anxiété identifiés par l’enquête nationale inédites des structures jeunes – l’ANEMF[1], l’ISNAR-IMG[2], l’ISNCCA[3] et l’ISNI[4] – à l’initiative du projet.
L’objectif était d’établir un état des lieux de la situation en France et d’identifier des facteurs de risque de souffrance psychique, notamment la dépression et l’anxiété qui sont deux éléments particulièrement en cause.

Le recueil a été effectué par un questionnaire en ligne début 2017. Et, malgré les biais que l’on connaît dans ce genre d’enquêtes, les résultats sont édifiants ! Sur les réponses de 7 631 étudiants en 3e cycle dont 2 466 internes de Médecine Générale, on a retrouvé ainsi un taux d’anxiété s’élevant à 66.7% et 27.7% de dépression chez les étudiants en médecine et les jeunes médecins. De même, et c’est là le plus inquiétant, on dénombre 23.7% de répondants ayant eu des idées suicidaires dont 5.8% dans le mois précédant la réalisation de l’enquête.

En ce qui concerne les internes de Médecine Générale, nous ne sommes pas en reste : car avouons-le, avec un taux d’anxiété à 60,5 %, un taux de dépression à 23 %, et 24,2 % de répondants ayant eu des idées suicidaires, il reste difficile de se rassurer face à ces chiffres qui, bien que meilleurs, restent trop élevés.

Devant ce constat, l’ISNAR-IMG et les autres structures jeunes se sont dit qu’il était grand temps d’agir !
Ainsi, ont été proposées des mesures innovantes et ambitieuses de prévention et de prise en charge des risques psycho-sociaux dans cette population. Ces mesures ont été définies suivant quatre axes de travail :

  • Améliorer la formation. On peut, par exemple apprendre à mieux gérer les situations de stress, mettre en place un système d’accompagnement personnalisé et sacraliser des temps d’échanges dédiés avec un encadrant qualifié dans les services.
  • Prévenir. Il faut être particulièrement rigoureux quant au respect de la réglementation, tant au niveau du temps de travail que du repos de sécurité. De même, rendre obligatoire et systématique une visite annuelle à la médecine du travail, identifiée comme facteur protecteur. Tout comme favoriser la pratique d’activités extra-universitaires.
  • Prendre en charge. Il convient de former les référents pédagogiques à la détection et au dépistage de la souffrance au travail. Il est également bon de pouvoir aménager le terrain de stage en fonction de l’état psychique de l’étudiant et de promouvoir les services de prises en charge existants.
  • Surveiller. Il est important de poursuivre le recueil de données, de mettre en place un registre des suicides spécifique aux étudiants et jeunes médecins et d’établir des indicateurs fiables.

Fort de ce constat objectif et de ces propositions partagées, il nous faut maintenant mobiliser l’ensemble des acteurs du monde de la santé pour mieux protéger les soignants. Notre profession est belle et pour être des médecins épanouis et efficaces au service des patients, il nous est fondamental de prendre soin de nous!

[1] Association Nationale des Etudiants en Médecine de France

[2] InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale

[3] InterSyndicat National des Chefs de Cliniques Assistants

[4] InterSyndicat National des Internes