Une initiative vosgienne pour l’écoprescription

Un regroupement de médecins, pharmaciens et vétérinaires installés dans le « Pays de Remiremont » dans les Vosges (88) a eu l’idée, en partenariat avec l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et la Région Grand Est, d’étudier les répercussions d’une sensibilisation à l’écoprescription chez les médecins, pharmaciens et vétérinaires de la région sur l’impact environnemental des prescriptions pharmaceutiques. Le projet, intitulé « Se soigner sans polluer : Ecoprescription », est porté par l’association ASOQS[1].

 

Les médecins intéressés par l’initiative disposent de plusieurs leviers pour favoriser une prescription plus « verte ». Ils s’engagent par exemple à favoriser le recyclage des médicaments non utilisés (MNU) par l’apposition d’un tampon « Retour des MNU » sur chaque ordonnance délivrée, et disposent de posters d’information destinés à être affichés pour les patients dans les salles d’attente. Mais ce n’est pas tout : ils modifient leurs pratiques de prescription pour privilégier la molécule à plus faible indice PBT[2].

 

Cet indice « PBT » a été créé entre 2003 et 2005 par une équipe de chercheurs suédois désireux d’établir une classification des substances pharmaceutiques en fonction de leur impact sur l’environnement. Ce travail de recherche émane d’une demande du Conseil Municipal de Stockholm. L’indice prend en compte la Persistance, la Bioaccumulation et la Toxicité -d’où son nom- des médicaments dans l’environnement, plus particulièrement dans l’eau. Il permet d’attribuer une note de 0 à 3 pour chacun des 3 critères cités. Un indice PBT proche de 9, la valeur maximale, traduira donc un potentiel de la substance d’impact important sur l’environnement.

 

Pour exemple, des molécules couramment utilisées à l’instar de la Bétaméthasone, du Lévonorgestrel ou de la Céfotaxime, sont qualifiées d’un indice PBT maximal.

Vous pouvez retrouver cette classification sous le nom de « Environmentally classified pharmaceuticals »[3].

 

Cette étude reste perfectible, des données de toxicité écologique étant manquantes. En effet, l’étude se limite aux risques pour les milieux aquatiques, et ne fait pas l’objet d’une validation au-delà des frontières suédoises. Cependant, cette initiative unique en son genre, mérite que l’on y prête une oreille attentive : à l’heure où les médecins s’informent de plus en plus sur la qualité de leurs prescriptions, sur leurs coûts pour la société ou leurs balances bénéfice-risque vis-à-vis du patient, s’interroger sur leur « coût écologique » est un nouveau champ d’intérêt.

 

De même, les pharmaciens prenant partent à l’aventure « Se soigner sans polluer : Ecoprescriptions » s’engagent à promouvoir les comportements écoresponsables lors de la délivrance de médicaments aux patients. Les vétérinaires, quant à eux, vont à la rencontre des éleveurs afin de favoriser la mise en place d’actions préventives ou curatives non médicamenteuses, particulièrement en parasitologie.

 

L’expérience « Se soigner sans polluer : Ecoprescriptions », s’intéresse ainsi par la suite aux modifications, ou non, des volumes de prescription de certains médicaments cibles, et étudie la composition des rivières du bassin de vie concerné, que ce soit en amont et en aval de toute habitation. Les résultats sont encore en cours d’analyse et nous vous invitons pour de plus amples informations à vous rendre sur leur site internet[4].

 

Bien entendu, cette expérimentation se devra d’être complétée par d’autres interventions, allant dans le sens d’une pratique plus écologique pour répondre aux besoins actuels. Notamment par exemple, un domaine dans lequel la France accuse un certain retard : celui de la dispensation des médicaments dans des conditionnements adaptés. En plus de voir les principes actifs des médicaments terminer leur vie dans nos rivières, la quantité d’emballages qui pourrait être économisée est majeure. Rappelons que dans certains pays comme la Thaïlande, les médicaments sont délivrés au patient à l’unité, faisant l’économie d’emballages inutiles, et permettent d’éviter de donner 3 semaines de traitement à quelqu’un chez qui l’on n’en prescrit qu’une !

 

Charlotte CALLA

Vice-présidente de l’ISNAR-IMG,

Interne en médecine générale à Nancy.

 

[1] Association « Améliorer la Qualité des Soins »

[2] Indice de Persistance-Bioaccumulation-Toxicité

[3] Environmentally classified pharmaceuticals

[4] Site internet de Se soigner sans polluer : Ecoprescription