Vivre le Burn-out, Témoignage !

Bonjour, tu voulais témoigner des difficultés rencontrées dans ton parcours d’interne. Pour commencer, peux tu te présenter en quelques mots ?

Bien sûr ! Je suis interne peu importe de quelle spécialité, nous sommes tous exposés. Je suis actuellement en surnombre thérapeutique, c’est-à-dire que je travaille un peu plus d’un mi-temps mais que je ne pourrai pas faire 4 mois de stage, donc je ne serai pas validé. C’est un accord passé avec mon coordonnateur, mon doyen et mon psy. Au total, je devrais commencer mon avant-dernier semestre d’internat le 1e mai. J’ai « perdu » 3 semestres car j’ai fait une dépression plutôt carabinée qui a été mise sur le compte d’un burn-out par mon psychiatre.

Peux-tu nous raconter, comment tu t’es retrouvé justement en burn-out ?

J’ai choisi une région magnifique et une spécialité qui me passionnait. J’aimais vraiment beaucoup ce que je faisais, peut-être trop. Je n’ai pas vraiment eu le temps de comprendre ce qu’il m’arrivait : je m’impliquais à 200% dans mes stages mais je ne me trouvais jamais assez bon. Mon père m’a toujours dit qu’on peut toujours mieux faire, alors je vivais pour mes services, je prenais toujours plus de gardes, j’assistais à tous les cours que je voyais passer.
Je voyais de moins en moins mes amis, ma copine m’a quitté 9 mois après le début de l’internat, je rentrais voir ma famille que pour les fêtes de fin d’année… Tout le monde me disait que j’en faisais trop, je leur répondais qu’ils ne pouvaient pas comprendre, ils n’étaient pas de « notre monde ».
Et puis les symptômes ont commencé à apparaitre :
J’étais fatigué en permanence. Plus rien ne m’intéressait en dehors de l’internat. J’ai commencé à trainer des pieds en revenant en stage après mon repos de garde. J’ai perdu presque 8 kg en 3 mois. Mais là encore, je trouvais toujours une excuse : « la garde a été compliquée, c’est normal que je sois fatigué », « ma mère m’a appelé, c’est normal que je n’aie pas eu le temps d’aller faire du sport », « je ne mange que la bouffe de l’hôpital, c’est normal que je ne grossisse pas » …
Et puis, un jour, je me suis réveillé et ma vie n’avait plus de sens : j’étais seul, j’étais fatigué, je n’avais plus le même entrain pour mon travail. J’ai donc fait une tentative de suicide qui, heureusement pour moi, n’a pas abouti. Et c’est au cours de l’hospitalisation qui a suivi que le diagnostic est tombé.

 

Que s’est-il passé après ? tu as toi-même demandé cette interview, quel message veux-tu faire passer ?

Après, j’ai commencé une thérapie, j’ai pris beaucoup de traitements. J’ai recommencé à avoir une vie sociale et à m’occuper de moi. C’est un peu le leitmotiv des équipes qui m’ont suivi.
Et je pense que c’est ça le message que je veux transmettre aux autres internes : en y repensant, j’ai réalisé que beaucoup de gens ont essayé de me tendre la main à un moment ou à un autre, que ce soientt mes co-internes, mes amis, ma famille, mon ex, mes représentants, mes coordonnateurs… Alors si je peux faire passer un message, ce serait celui-là : Nous ne sommes pas des surhommes ! Si tout le monde autour de vous vous dit que vous devez vous remettre en question, c’est probablement qu’il y a une bonne raison derrière. Je ne dis pas que la majorité a toujours raison. Mais parfois, quand on vous dit quelque chose qui ne vous plait pas, prenez le temps de vous demander « pourquoi cette personne me l’a dit à moi ? »
Cela peut sauver une vie. Personnellement, j’ai eu de la chance et je le sais. Mais accepter l’aide qu’on m’offrait ça aurait pu changer complètement mon histoire…

Propos recueillis pour le Bureau de l’ISNAR-IMG par Christiane BEDIER,
ancienne Secrétaire Générale Adjointe.